Textes

DES ESPOIRS DE SINGES (2014)

Nous n’avions pas encore le temps

Tu m’avais habituée à mieux
À te voir nue, par exemple.
Lorsqu’en toi j’habitais murmurant
des fadaises de cafés fumants.
Nous n’avions pas encore le temps.
J’ai voulu porter tes os, les déposer
Sur la balance en regardant le sablier
Les éclairs blancs, la peau roussie
et tes baisers comme de l’eau de vie.
Nous n’avions pas encore le temps.
Le ciel est dégagé, l’orage
S’est déplacé vers la plage.
Mon dieu faite que la nuit nous garde
Des fauteuils, de l’ennui, et du retard.
Nous n’avons pas encore le temps.
Nous n’avons toujours pas le temps.

 

Benzédrine

Tu as, à travers les lignes de fuites,
Caressé les horizons fragiles.
En Buzz Aldrin de la Benzédrine,
Tu marches sur la pointe des cimes
Tu changes le décor encore, tu changes le décor encore.
Tu nous as fait quelques signes
De là haut, au bord de l’abîme
On n’est pas raccord encore, on n’est pas raccord.
Mais tu as, à travers les lignes de fuites,
Caressé les horizons fragiles.
Je suis monté pas à pas pour te rejoindre où que tu sois
T’as dit d’accord encore. T’as dit d’accord encore.
Et nous sommes restés sur ce fil,
Comme deux cons, comme deux infirmes
Crachant nos tords encore, crachant nos tords encore.
Et l’on as, à travers les lignes de fuites,
Caressé les horizons fragiles.

 

Déjà loin

Ne m’attend pas pour déjeuner demain matin.
J’ai pris un train puis un avion puis une auto.
Je t’avais dis qu’un jour j’irais me perdre plus loin,
Voilà c’est fait je suis parti sans dire un mot.
Je suis déjà loin, ne m’en veux.
Si je vais bien, ça ne te regardes pas.
ça ne te regardes pas.
J’aimerais être aussi lumineux que certain mots
Leurs donner vie, qu’ils soient réels, jamais de trop.
Parfois j’y crois mais je rince souvent le tableau
Parfois j’aimerais juste garder la tête hors de l’eau,
Etre déjà loin, ne m’en veux pas.
Si je vais bien ? Ce n’est pas le cas.
Non, ce n’est pas le cas.
J’ai jamais su tenir en place, tenir les reines
Tenir debout droit dans mes bottes où qu’elles me mènent.
Si je m’arrête c’est moi qui ai peur du lendemain,
Alors je pars mais c’est toi qui me lâche la main.
J’aimerais être loin, ne m’en veux pas
Si je vais bien, ça ne te regardes pas.
Non, ça ne te regardes pas.

 

L’eau chaude

On accostait par moins dix degré dehors,
En respirant du formol et du lilas.
Nous pouvions enfin passer nos mains à l’eau chaude.
À peine le pied posé , nous nous jetions chez Elsa,
Pour nous laisser couler dans le parfum de ces draps.
Nous pouvions enfin nous saouler et ne penser à rien d’autre.
Notre paie é vanouie nous sommes revenus sur nos pas.
Pour squatter le fond des prames en bras de chemises et dans le froid.
Nos regards de chien usés nous réchauffaient les os.

 

Moi & les gens

Moi, j’aime les gens que je ne connais pas.
Qui laissent la porte ouverte, même quand il fait froid.
Qui ne ferment pas la fenêtre, surtout quand il pleut.
Qui dansent sous les bombes,
Qui ne sont pas sous leurs pieux.
Moi, j’aime les gens que je ne connais pas.
Qui savent regarder et que l’on ne voit pas.
Qui me laissent des mots perchés sur mon oreille,
Que je garde bien au chaud pour mes nuits sans sommeil.

 

Porcelaine

Je suis passé du zinc à la porcelaine
Mais je me sens à l’étroit dans mon corps sage
J’ai du mal à perdre quelques habitudes
Qui m’ont graissé les veines et chiffonné la peau
J’ai les contres coups de mes nuits contrariés
Et de ces semaines immenses dans lesquelles je me noie
Et mes bonnes intentions n’y changeront rien
Mais pourtant leurs absences me semblent bien pénibles
Car je suis fatigué de ces immersions
A peu prêt folle mais sans joie
J’ai déjà perdu un peu de couleurs
Un peu de fraicheur par endroit
Par endroit
J’ai trop souvent pleuré des mains tellement dedans c’était le brasier
J’ai le cœur qui tourne à plein régime, je perds des pièces sur le bas côté
J’ai des manques à la pelle quand je ne manque à personne
Et je tiendrais ma langue pour mieux tenir parole
Car je suis fatigué de ces immersions
À peu prêt folle mais sans joie
J’ai déjà perdu un peu de couleurs
Un peu trop de fraicheur par endroit
Par endroit

 

Le jardin

Je vis dans un jardin, qui fleurit quand je dors.
J’avais honte de mes mains, maintenant je le sais, j’avais tort
Je suis parti un matin, laissant mes roses éclorent,
Pressant le pas sur le chemin, cherchant à tromper le sort.
Je rêvais à ces dames, qui tiendraient mes mains blanches.
Comme celles des notables, et des charmants quand ils dansent.
Mais j’avais honte de mes pieds, tout crottés et en sueur,
Des traces de l’effort donné à mes si jolies fleurs.
Je fus si envieux, Je perdis dignité
En vendant mon âme au diable, pour cacher ce que j’étais.
Dans l’ombre de la rue Barbe, il attendait ma venue
Mon pas se fit serein il ne m’était pas inconnu.
Il m’offrit ces mains chaudes, en dandy bien vêtu
Tel un ange ou même pire, un diable qui fait rire.
Je courus au village jouer au cavalier élégant
Ne comptant ni le vin, ni les femmes,
Ni les femmes, ni le temps.
Le réveil fut difficile en cette fin de matinée.
J’ai toujours honte de mes mains,
Et mes fleurs sont fanées.
Je vis dans un jardin, qui fleurit quand je dors.
J’avais honte de mes mains maintenant je l’sais, j’avais tort.

 

Les enfants des autres

Allongé sur la plage de Berck
Toi qui ne dis rien, moi qui me disperse
Près des cabanes sables et pastel,
Des chamallows rongés de sel.
On regarde les enfants des autres
On regarde les enfants des autres
Tu trempes tes pieds dans cette eau froide.
Pendant que je dors toi tu t’emmerdes.
Joue contre joue entre deux siestes,
On se tient la main pour ne pas parler du reste.
Et on regarde les enfants des autres
On regarde les enfants des autres

 

À demain

Il n’y aura pas d’échecs,
Nos premiers pas se sont tus
Y’a plus de place au creux des côtes
Cette égoïsme à bord
Cette petite sueur à l’effort
C’est du nerf dans l’entrecôte.
C’est malheureux, plutôt triste,
Voir terne, sans goût,
Tout ce nerf dans l’entrecôte.
Mais demain on s’embrassera
Demain on s’embrassera.
Nous trinquerons à l’avenir,
Au souvenir des misères,
A ces airs qui nous réchauffent!
à cette eau qui a manqué,
A ces ponts qu’on a bâclé,
A ce gras sur nos épaules…
On parlera du silence,
De l’étirement des distances
entre nos verres qui s’entrechoquent.
Et l’on s’embrassera
Oui on s’embrassera.

 

Ne me dis pas

Ne me dis pas, ce que j’ai à faire
Ne me dis pas, quand je dois venir
Ne me dis pas, quand je dois me taire
Et ne me dis pas, comment je dois me tenir
Ne me dis pas, que je t’exaspère
Ne me dis pas, quand je dois sourire
Ne me dis pas, que je suis là pour plaire
Et ne me dis pas, que je dois te retenir
Pourquoi devrais-je te retenir ?
Ne me demandes pas, d’être ce que tu espères
Et ne me dis pas, ce que je te fais subir
Même si parfois, je te tape sur les nerfs
Moi, je n’oublie pas, nos jolis souvenirs

 

21 Hertz

J’ai dans le dos à la place des ailes
une antenne de radio.
J’amplifie tes mots jusqu’à l’acouphène
pour m’ensoleiller quand il fait pas beau.
Car les bleus sur mes bras
chantent un mal de bord de Seine.
Les fonds de bouteilles que l’on a tété au goulot.
Tu sais je vais au bout du bout, d’un bout à l’autre,
à chaque bout du monde voir si il t’a recraché.
cet océan noircit de nos larme d’encre
et de ces amours qu’il prend goût à nous voler.
Depuis je vais même privé de mes ailes
avec mon antenne de radio
chercher les mots que tu m’as laissé en mer,
pour que je trouve un peu de repos.
J’ai dans le dos à la place des ailes
une antenne de radio.

 

Merci pour les mots

Je te dis merci pour les mots
Ils sont restés collés sur ma joue
Il n’y en avait pas un de trop
Pas un seul, qui ne manque de goût
Quand je serai grand, je serai fou…
Car si on laissait parler les fous
Ils nous diraient ce qu’ils trouvent beaux
Ce que l’on oublie malgré nous
Ce que l’on porte à même la peau
Je te dis merci pour les mots
Ils sont restés collés sur ma joue
Il n’y en avait pas un de trop
Pas un seul, qui ne manque de goût
Quand je serai grand, je serai fou, mais debout.

 

Le canapé

Hier soir sont passés les flics,
T’avais encore merdé
Comme tous ces jours où tu m’as tapé du fric,
T’as encore merdé
Je ne pourrais pas toujours tomber à pic, non,
T’as encore merdé
Parfois maman est hystérique,
Même quand t’as rien fait,
Même quand j’ai rien fait
Et tu gâches tes envies comme des heures à tuer,
De peur de te planter
Et ton canapé te rassemble
Il s’affaisse lui aussi de te voir trop assie
Dès la sortie du lit
Tu voudrais être un autre
Alors tu me craches à la gueule
Pour te prouver que tu existes
Mais je déplore ton offre
Et la perte de mon sang froid
Quand mes poings se chauffent
Jusqu’aux bouts de mes doigts
Je n’ai que des regrets

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